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Research Guides United Nations Office at Geneva Library & Archives

Audio Guide: The Next Page - Transcripts

Welcome to the UN Library and Archives Geneva's Audio Research Guide! Here you'll find episodes from our own podcast, The Next Page, as well as podcasts and audio from or on the UN system and multilateralism.

63: Le rôle du Cameroun dans le multilatéralisme d’aujourd’hui et de demain, avec Ambassadeur Salomon Eheth

by Tiffany Xiang Verga on 2021-11-04T09:17:20+01:00 in International relations, Development, Social Affairs | Comments

Ambassadeur Salomon Eheth:  

Au jour d’aujourd'hui, le multilatéralisme c’est la solidarité, la coopération internationale. C'est la plateforme qui nous permet de résoudre ce défi commun qui nous rassemble. 

 Kelly :  

Bonjour, je m’appelle Kelly Le Normand, et je travaille à la Bibliothèque & Archives des Nations Unies à Genève. Je suis aujourd’hui au micro pour ce nouvel épisode de notre podcast, The Next Page, destiné à faire avancer la conversation sur le multilatéralisme.  

(Générique) 

Nous sommes heureux d’accueillir pour cet épisode l’Ambassadeur et Représentant de la Mission permanente de la République du Cameroun auprès de l'Office des Nations Unies et des autres organisations internationales à Genève, Monsieur Salomon Eheth. Il est rejoint par notre Directeur, Francesco Pisano, dans le studio pour une conversation fascinante sur l’histoire de son pays et la place actuelle du Cameroun dans le contexte politique et stratégique en Afrique. Il partage aussi ses réflexions sur le rôle du Cameroun et le continent africain dans le multilatéralisme d’aujourd’hui et de demain.  

Nous espérons que vous apprécierez cet épisode, bonne écoute ! 

Francesco Pisano :  

Bonjour et bienvenue à cet épisode de notre podcast de Next page que comme vous le savez est dédié à la conversation sur le multilatéralisme. Et aujourd'hui, nous avons l'honneur et le grand plaisir d'avoir avec nous un Ambassadeur, un Représentant permanent, dans la personne de son Excellence Salomon Eheth qui est Ambassadeur et Représentant permanent du Cameroun à l'ONU à Genève. 

Salomon Eheth est Ambassadeur, diplomate de carrière, Représentant permanent comme je viens de le dire depuis le 3 juillet 2020. Donc, il est arrivé à Genève à son poste en pleine crise COVID qu'il a dû négocier comme tant d'autres collègues. Et avant cette nomination, il était déjà depuis 2017, Directeur de l'Institut de Relations Internationales de son pays au Cameroun, après avoir été aussi de 2000 à 2007 Chargé de mission auprès de la Présidence de la République du Cameroun, période durant laquelle il a aussi participé à plusieurs réunions internationales dans le cadre du système des Nations Unies qu'il connaît bien et de celui de l'Union africaine et de nombreuses autres organisations internationales, et notamment celles qui se trouvent ici à Genève. 

 Il est aussi titulaire d'un doctorat en relations internationales et en droit international. Il est également diplômé de l'académie de droit international de La Haye, et il parle le français, l'anglais et l'espagnol. 

Monsieur l'Ambassadeur Eheth, merci beaucoup d'avoir trouvé le temps d'être avec nous sur notre podcast. Soyez le bienvenu. Commençons par un petit survol de la longue histoire du Cameroun. Le Cameroun a plus de 3000 ans d'histoire, et pour ceux qui ne connaissent pas votre pays, comment présenteriez-vous le Cameroun? Et quels sont les moments clés de son histoire ? 

Ambassador Salomon Eheth: 

Merci beaucoup, Monsieur le Directeur, Francesco Pisano. C’est moi qui vous remercie pour l'honneur que vous me faites à travers ma modeste personne à mon pays, le Cameroun, pour évoquer un tant soit peu le parcours du Cameroun à l'ONU, vu de l'Office des Nations Unies à Genève. 

Mais auparavant, permettez-moi d'apprécier cette Bibliothèque mythique qui regorge un trésor d'information dont vous assurez la direction et qui offre à des milliers de personnes des informations importantes pour la compréhension du monde en général et de l'ONU en particulier. 

Je comprends que Genève c'est le berceau du multilatéralisme et il porte en lui les grands pans de l'histoire du Cameroun. Mais l'Ambassadeur à Genève que je suis, n'est pas le seul qui assure le suivi, la coopération avec l'organisation mondiale. J'ai mon collègue aîné, l'Ambassadeur Michel Tommo Monthe qui est à New York, qui assure la représentation permanente (de) notre mission, pour ne citer que les deux centres principaux. Je n'oublie pas... nous sommes dans la diplomatie... les acteurs principaux qui sont au Cameroun : le chef de l'État du Cameroun, son excellence Paul Biya ; le ministre des Relations Extérieures, Monsieur Mbella Mbella Lejeune, pour ne citer que ceux-là.  

Vous savez, Monsieur Pisano ? Plusieurs autres institutions onusiennes sont un peu partout dans le monde.  Mais Genève est et restera le berceau du multilatéralisme et le berceau des Nations Unies. Ceci dit, vous me demandez de faire une brève présentation du Cameroun. Je suis d'accord avec vous, le Cameroun a une vieille histoire bien plus de 3000 ans, comme vous l'avez dit. Mais le Cameroun actuel date, toute proportion gardée, du congrès de Berlin de 1884 - 1885 qui consacra le partage de l'Afrique entre les puissances colonisatrices. Mais il faut un peu nuancer cette assertion car la forme du Cameroun a subi plusieurs évolutions tenant compte de l'évolution historique.  

Mais là, que dire brièvement de mon pays ? Le Cameroun c'est un beau pays de 475 444 km² qui est logé en Afrique centrale qui est limité au nord et au nord-est par la République fédérale du Nigéria et le Tchad, la République du Tchad ; à l'est par la République centrafricaine ; au sud-est par la République du Congo ; au sud par la République gabonaise et la République de Guinée équatoriale, et qui a une ouverture à mer dans sa partie du sud-ouest dans sa partie littorale et une petite partie du sud.  

Le Cameroun, c'est une population qui avoisine 26,5 millions d'habitants. Le Cameroun est dirigé par son Excellence Monsieur Paul Biya, chef de l'État et Président de la République. C'est un pays multiculturel avec deux langues officielles : le français et l'anglais, et plus de 250 ethnies qui cohabitent dans une symbiose parfaite. Le Cameroun est un État laïc. Le Cameroun, c'est un État démocratique où les institutions sont issues du suffrage universel et où les libertés fondamentales sont pleinement garanties. Et pour finir cette brève présentation, parce que je prendrai beaucoup de temps, le Cameroun est membre de l'Organisation des Nations Unies depuis le 20 septembre 1960. Voilà ce que je peux dire.  

Vous avez demandé que je parle des grandes étapes de l’évolution du Cameroun.  

Alors l'histoire du Cameroun commence au 15e siècle. Plus précisément en 1472 où les explorateurs, les explorateurs portugais dans leur course vers les Indes à la recherche des épices, découvrent l'histoire du Wouri. Le Wouri c'est un fleuve du Cameroun qui se verse dans l'océan Atlantique et ils découvrent donc beaucoup de crevettes. Ils appellent cette rivière “Rio dos Camarões”. La rivière de la crevette. C'est de cette appellation que dérive le mot actuel, Cameroun. Non ? Cameroun, crevette ! La rivière des Crevettes. Alors il faudra attendre le 12 juillet 1884 avec l'arrivée des Allemands, la signature des commerçants allemands qui signent le traité germano-douala et qui fait du Cameroun un protectorat allemand. 

Deux jours plus tard, c’est à dire le 14 juillet 1884, Gustav Nachtigal, qui était consul allemand à Tunis, débarque au Cameroun et entérine le traité germano-douala. Il proclame la souveraineté allemande sur le Cameroun et fait hisser le drapeau allemand au Cameroun. En 1885, le premier gouverneur allemand est nommé au Cameroun. Il s'appelle Julius von Soden. En 1901, un décret du gouverneur qui s'appelait von Puttkammer transfère la capitale à Douala, parce qu'ils étaient établis à Douala, à Buéa. Buéa, c'est au sud-ouest du Cameroun, au pied du mont Cameroun, qui est la colline la plus haute de toute la côte atlantique africaine, qui mesure 4100 mètres niveau de la mer et c'est une montagne très volcanique. Et bien évidemment, donc en 1901, la capitale est Buéa, au pied du mont Cameroun et c'est la construction du premier palais du Cameroun qui se trouve à Buéa. Malheureusement, en 1909, à la suite d'une éruption volcanique, la capitale est transférée de Buéa à Yaoundé qui est la capitale aujourd'hui du Cameroun. Donc Yaoundé, la capitale du Cameroun, date depuis 1909.  

En 1913, c'est très important, un géographe allemand appelé Max Moisel, dresse la première carte du Cameroun. Le 20 février 1916, c'est la fin du protectorat allemand au Cameroun. Vous connaissez pourquoi : c'est la fin de la Première Guerre mondiale au Cameroun. 6 mars 1916 c'est le partage du Cameroun entre la France et la Grande-Bretagne. Et en 1922, le mandat du Cameroun est établi par la Société des Nations. Évidemment, le 24 octobre 1945 c'est la naissance de l'ONU, avec pour principal objectif le maintien de la paix et la sécurité internationales. Un an après, c'est à dire le 13 décembre 1946, la France et l'Angleterre signent un accord de tutelle sur le Cameroun, approuvé par l'Assemblée générale de l'ONU. C'est pour ça que j'ai dit, l'histoire du Cameroun est liée à l'histoire de l'organisation mondiale. Le Cameroun est une pupille de l'ONU.  

Le 1 janvier 1960... D'abord le 13 mars 1959, l'Assemblée générale de l'ONU adopte par 56 voix contre 13 abstentions le projet de résolution qui prévoyait la fin de l'accord de tutelle et consacre la cession du Cameroun à l'indépendance. C'est pourquoi le tout premier pays en 1960...parce que les années 60 sont les années d'indépendance africaine...le tout premier pays africain indépendant en 1960 le 1er janvier, c'est le Cameroun. Donc, le président Ahmadou Ahidjo proclame l'indépendance du Cameroun le 1er janvier 1960. Il y avait beaucoup de personnalités parmi lesquelles le secrétaire général de l'ONU, Monsieur Dag Hammarskjöld. Le 1 octobre 1961, c'est la réunification des deux Cameroun. Parce qu'il faut le dire, lorsque le mouvement nationaliste commence juste après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, que ce soit le Cameroun qu'on pouvait appeler francophone ou anglophone, il y'avait deux revendications : l'indépendance et la réunification. 

Le 20 mai 1972, tous les Camerounais se prononcent pour l'unification. C'est la naissance de la République Unie du Cameroun. Je vais aller très rapidement. Le 6 novembre 1982, son Excellence Monsieur Paul Biya prête serment devant l'Assemblée nationale du Cameroun et il devient le deuxième président du Cameroun. En 1984, la dénomination change par une loi, et la République Unie du Cameroun devient la République du Cameroun. Il y a une date très importante à retenir, c'est l'année 1990. C'est la cession des libertés à l'Assemblée nationale. Toutes les grandes lois : la loi instituant le multipartisme, la loi sur la liberté de communication... en fait, c'est la cession des libertés qui programme toutes les libertés. C'est le retour du multipartisme au Cameroun.  

En 1996, c'est toujours important de dire, c'est la tenue du 32e Sommet de l'Organisation de l'Unité africaine au Cameroun. En 2001, donc quand on est élu pour la deuxième fois membre du Conseil de sécurité par 172 voix sur 177 votants...Le 10 octobre 2002, la Cour internationale de Justice on avait un différend sur la presqu’île de Bakassi avec la République fédérale du Nigéria. Toujours dans le cadre des Nations Unies (on) reconnaît donc la souveraineté du Cameroun sur Bakassi qui est consolidée le 14 août 2008 par le transfert de cette souveraineté au Cameroun. Bon, il y a d'autres dates. Tout récemment, en 2011, le chef de l'État du Cameroun a lancé la construction des grands projets structurants pour le décollage économique du Cameroun pour son émergence en 2035. La dernière grande date que je peux citer, en octobre 2018, c'est la réélection du chef de l'État, son Excellence Monsieur Paul Biya. Il y a eu d’autres grandes dates d'un moment festif, des moments de joie... Le Cameroun, par exemple, a gagné plusieurs coupes, la finale olympique de football, donc on vient de terminer les Jeux Olympiques. Donc, c'est des grands moments de joie. Voilà brièvement ce que je peux dire sur la première question Monsieur, je vous remercie.  

 

Francesco Pisano : 

Merci à vous pour le survol de l'histoire et de ces dates clés, c’est un plaisir de vous écouter. On apprend plein de choses sur un pays qui reste géographiquement un pays de taille moyenne, je dirais, en Afrique. Mais, quelle est sa place dans le continent, Monsieur l'Ambassadeur ? Du point de vue stratégique, disons ? Que peut-on dire des relations avec les autres pays africains ? 

Ambassador Salomon Eheth:  

Bon, vous l'avez si bien dit. Effectivement, le Cameroun est un pays de taille moyenne dans un continent qui a environ 30 millions, plus de 30 millions de kilomètres carrés. 30 millions de kilomètres carrés sur une population d'un milliard 348 000 habitants aujourd’hui. Le Cameroun a 475 442 kilomètres carrés comme j'ai dit et 26,5 millions d'habitants.  

Évidemment, le Cameroun est membre fondateur de l'Organisation de l'Unité africaine. En 1963, le Cameroun est signataire des traités de l'Union africaine. Le Cameroun est membre de plusieurs organisations sous-régionales et le Cameroun a développé avec les autres pays une diplomatie axée sur un certain nombre de principes : la solidarité africaine est très importante ; la non-ingérence dans les affaires intérieures des États ; une politique de bon voisinage bien suivie et bien respectée; l'attachement du Cameroun à la Charte des Nations Unies et aux principaux instruments; et bien évidemment dans beaucoup de questions, observer le non-alignement du Cameroun.  

Alors, le Cameroun a été en première ligne à la recherche des principaux problèmes qui touchent le continent. Le Cameroun a par exemple contribué efficacement à la libération de l'Afrique : la décolonisation, c'est l'une des grandes priorités après les indépendances. Les défis actuels ils sont nombreux et le Cameroun prend part : la lutte contre le terrorisme, par exemple ; la question de développement... Le Cameroun apporte sa contribution à beaucoup de mécanismes dans des questions de gestion de paix, de sécurité et tout ce qui est coopération internationale : tout ce qui est coopération à l'échelle du continent et coopération à l'échelle régionale. Donc le Cameroun, j'allais oublier, a participé à beaucoup d'opérations de maintien de la paix sous l'égide de l'ONU, notamment en Côte d'Ivoire, en Centrafrique, au Soudan. Le Cameroun abrite un grand nombre de réfugiés. Actuellement, il y a plus de 450 000 réfugiés au Cameroun. Donc vous comprenez que le Cameroun apporte une contribution importante au développement et à la gestion des relations internationales du continent.  

Donc le Cameroun est un acteur clé et nous avons un chef d'État qui est régulièrement écouté et régulièrement consulté par ses pairs. Le Cameroun entretien des bons échanges avec ses voisins. Donc, le Cameroun a une place du point de vue stratégique, comme vous le dites, et de manière générale le Cameroun apporte sa contribution, assume la place qui lui revient dans le développement des relations interafricaines. Voilà ce que je peux répondre à votre question. 

Francesco Pisano :  

Pour rester toujours dans le cadre du Cameroun dans son continent africain. On dit souvent que l’Afrique est en plein éveil économique. Vous êtes assis devant un micro qui était le micro de Monsieur le Professeur Carlos Lopes il y a quelques mois ; et lui, il est extrêmement (puissant) là-dessus, il est extrêmement convaincant quand il vous parle de cet essor économique, de ce potentiel énorme que détient le continent africain. Donc ma question avec vous, pour nos auditeurs, c'est la suivante : quelle est la place du Cameroun dans le contexte économique africain ? Nous savons qu'il y a eu une grande croissance économique de 1965 à 1985 dans le continent qui a vraiment fait sortir l'Afrique avec un bond de son statut de continent occupé, colonisé. Mais cela a été suivi par une forte baisse du PIB au Cameroun comme dans d'autres pays africains, entre 1985 et 1993. Nous savons aussi qu’après il y a eu une reprise. Mais le panorama économique et industriel est quand même resté très varié et très controversé pour certains. Donc quelle est la position du Cameroun, la place du Cameroun, dans cet éveil économique ? 

Ambassador Salomon Eheth: 

Bon, je partage totalement ce que vous dites. L'Afrique est un continent qui est riche, qui est en plein essor et c'est vrai... Personnellement, je n'aime pas les indicateurs économiques. Ils sont là, peut-être pour quantifier mais je n'aime pas utiliser ce langage parce que, je prends un exemple, lorsqu'on regarde le commerce mondial, aujourd'hui, l'Afrique, c'est 2% du commerce mondial ; et l'Afrique a des grands projets. L'Afrique dans son éveil économique vient de lancer, par exemple, la zone de libre-échange continentale. Avec une population d'un milliard 300 millions habitants, l'Afrique sera le deuxième plus grand marché au monde. Donc, il va de soi que ce que vous dites est vrai : l'Afrique est en plein éveil économique... mais il convient de souligner, comme vous l'avez si bien dit, que le chemin est difficile, a été très difficile... Vous avez parlé de la croissance entre 1965 et 1985 et de la baisse du PIB entre 1985 et 1996... Puisque nous sommes dans les Nations Unies, je suggère qu'on examine ce problème sous le prisme de l'ONU. Il s'agit en fait d'évaluer l'action de l'ONU dans le développement économique et social de l'Afrique, donc pour voir, pour mieux comprendre la situation actuelle. Alors qu’est-ce que je dirais ? Lorsqu'on regarde le parcours des Nations Unies, son implication, son accompagnement de l'Afrique dans le développement, je prends une barrière à partir des années 60, parce que les années 60 c'est là où la plupart des pays africains accèdent à l'indépendance. Cette période a été marquée par des grandes conférences des Nations Unies pour accompagner l'Afrique dans son développement. Je parle de la conférence de 1961 : la conférence sur les décennies pour le développement de l'Afrique. C'est une mobilisation en faveur du développement des pays du Sud où on lance le renforcement de la coopération internationale. En 1974...c'est une conférence inoubliable en tant qu'étudiant... ce sont des questions sur lesquelles on aimait beaucoup insister. La sixième session extraordinaire de l'Assemblée générale de l'ONU, qui lance le nouvel Ordre économique international. 

On adopte donc la résolution 32-81 qui consacre la Charte des droits et des devoirs économiques des États. Là c'est très important parce qu'il y a des grands principes qui naissent : le principe de l'égalité souveraine, principe l'interdépendance, le principe de la coopération...tous ces principes, c'est pour réduire les inégalités. Pour fausser, pour enlever, pour réduire le fossé qui existe entre l'Afrique qui est naissante et les grands pays. Donc c'est la façon de l'ONU d’accompagner l'Afrique vers son développement, vers son émergence.  

En 1981, c'est le sommet Nord-Sud, c'est toujours très important de comprendre tout ce background appelé encore le Sommet de Cancun, c'était au Mexique : la conférence des Nations Unies sur les paiements. Le code c'est quoi ? C'est la répartition des richesses. Mais malheureusement, ce sommet arrive à un constat. Le constat c'est que depuis tous ces efforts, tous ces sommets, on n'arrive pas à réduire la pauvreté au continent africain. Et en 1995, nous avons le Sommet de Copenhague : le Sommet de Copenhague pour le développement social organisé sous l'égide de l'ONU ; ce sommet qui établit la liste des grands problèmes qui affectent le développement. Vous avez les questions, par exemple, de travail, de pauvreté, favoriser l'emploi, l'égalité femme et homme. Je dois vous dire, Monsieur Francesco, que c'est le Sommet de Copenhague qui prépare le sommet de 2000 sur les Objectifs du Millénaire pour le développement et même le Sommet de 2015 sur les ODD. Et, comme vous le dites, l'Afrique effectivement, curieusement, l'Afrique à cette période est confrontée à beaucoup de difficultés : c'est le choc pétrolier de 1973 et quelque temps après (dans) la plupart du continent, il y a une grande récession, une grande crise. Le continent africain rentre... beaucoup de nos pays sont sous ajustements structurels des institutions de Bretton Woods... Bon, pour certains de nos pays, comme par exemple le mien qui était, qui sont dans la zone CFA, c'est la dévaluation mais l'Afrique n'a pas croisé les bras, l'Afrique s'est mobilisée. L'Afrique a lancé les plans d'intégration comme le plan d'action de Lagos. Et aujourd'hui, je vous en ai parlé tout à l'heure, l'Afrique a pris conscience qu'elle peut se relever avec l'Agenda 2063. C'est un objectif à atteindre et l'Afrique vient de lancer la zone de libre-échange continentale. Et vous demandez : “Et le Cameroun dans tout ça ?” Évidemment, le Cameroun a beaucoup de potentialités économiques. Le Cameroun a une économie très diversifiée et le Cameroun... tout à l'heure, j'ai dit en termes de PIB, je n'aime pas les (indicateurs économiques) … Le Cameroun c'est la 15e économie africaine lorsqu'on regarde toutes les statistiques. Donc, le Cameroun a joué un rôle moteur notamment en Afrique centrale, dans le développement de l'Afrique et le Cameroun s'est doté dernièrement pour son émergence de sa stratégie nationale de développement à l'horizon 2030. Tout ça, c'est calqué sur les Objectifs de développement durable, on y arrivera. Voilà ce que je peux dire. Dans l'Afrique, le Cameroun apporte beaucoup dans l'évolution, dans le développement économique à travers les échanges, à travers les concertations, afin de participer à l'élaboration des grands projets à travers les organisations sur les journaux à caractère économique et monétaire. 

 Francesco Pisano : 

Parlons maintenant un peu du Cameroun à l'ONU. Vous l’avez dit avant, le Cameroun et son histoire sont liés à l'histoire du multilatéralisme.  

Ambassador Salomon Eheth: 

Tout à fait. 

Francesco Pisano : 

Même avant l'ONU. L'histoire du Cameroun est liée à celle de la Société des Nations mais surtout à celle de l'ONU. Puis, vous m'avez appris ou vous nous avez appris que le premier pays africain (à être indépendant le 1 janvier 1960, c’est le Cameroun). Et revenons donc à cette année 1960 où le Cameroun est admis par vote de l'Assemblée générale dans le contexte, dans la famille de l'ONU et ensuite, si je ne m'abuse, il a été deux fois membre non-permanent, évidemment, de son Conseil de sécurité aux Nations Unies en 1974-1975 et en 2002 et 2003. Cette deuxième période est très intéressante. J'ai une question pour vous là-dessus... mais avant cela, pendant ces deux sessions, on a vu le Cameroun en tant qu’État membre mettre en œuvre ses idées principales, les idées de force de sa politique étrangère qui sont l'indépendance nationale, le non-alignement et la coopération internationale, vous l'avez mentionné dans plusieurs de vos explications ici. Donc, premièrement, j'aimerais vous entendre sur quel bilan peut-on faire aujourd'hui de l'espérance onusienne du Cameroun ? 

Ambassador Salomon Eheth : 

Merci, Monsieur. Parler du bilan du Cameroun à l'ONU... je commencerai par dire, donner cette date. Je rappelle, je l'ai dit, le Cameroun est membre des Nations Unies depuis le 20 septembre 1960. Mais l'histoire du Cameroun avec l'ONU est ancienne. Je ne reviendrai pas là-dessus, j'ai évoqué tout à l'heure lorsque j’ai donné les grandes dates sur le Cameroun. Donc 61 ans de coopération, j'aimerais dire que le bilan est appréciable. J'ai dit que le Cameroun était une pupille des Nations Unies. Le Cameroun a participé à toutes les grandes conférences et a pris part à toutes les grandes thématiques de l'ONU. Depuis 1960, le Cameroun a eu son mot à dire et la coopération est restée très intense. Mais cette opération s'est davantage développée depuis 1982 avec son Excellence Monsieur Paul Biya, qui est le chef de l'État du Cameroun, qui a pris une part active à toutes les grandes rencontres des Nations Unies, que ce soit à New York, soit à Genève, un peu partout dans le monde. Je prends, par exemple, en 2000 la conférence de l'Assemblée générale des Nations Unies sur les Objectifs du Millénaire pour le développement. Le Président Biya a laissé un concept qui est resté et il a initié : il a proposé que les problèmes ayant lieu soient examinés dans le cadre d'un comité mondial politique. La notion de l'éthique. 

Et même en 2015, le Sommet sur les ODD, il a proposé que le multilatéralisme puisse être bâti sur un socle basé sur la solidarité agissante. Le Cameroun a assuré la vice-présidence de l'Assemblée générale plusieurs fois : la 63e session, 64e session, 75e session de l'Assemblée, donc tout dernièrement. Il y a eu beaucoup de visites. Je ne prendrai que les dernières : je vous ai dit (lors de) l'indépendance du Cameroun, il y avait la présence du Secrétaire général de l'ONU, Monsieur Dag Hammarskjöld. Pratiquement tous les secrétaires généraux des Nations Unies ont visité le Cameroun. Monsieur Kofi Annan a été à plusieurs reprises : 2002, 2003, 2005 ; Monsieur Ban Ki-moon l’a été ; les présidents de l'Assemblée générale :  Monsieur Ali Triki, Joseph Deiss, ils ont visité le Cameroun ; beaucoup de personnalités de haut rang... tout dernièrement, Madame la Haut-Commissaire, Madame Michelle Bachelet, en 2019, était au Cameroun ; le Haut-Commissaire aux réfugiés, Monsieur Filippo Grandi était au Cameroun ; le Directeur général de l'Unesco... Je ne citerai pas beaucoup de personnalités physiques, c'est pour apprécier la coopération dense entre le Cameroun de l'ONU.  

 

Vous l'avez dit, le Cameroun a été membre du Conseil de sécurité deux fois en 1974 – 1975 et en 2002 – 2003 où il a même assuré la présidence tournante. Je voulais parler d'un différend frontalier qu'il y a eu avec le pays frère du Nigeria qui a été réglé grâce aux Nations Unies, donc à la Cour internationale de Justice. Mais la grande contribution du Cameroun, c'est au Conseil économique et social, on n'en parle pas beaucoup. Le Cameroun a été membre du Conseil économique et social en 2001, 2003, 2009, 2011, 2012, 2014, 2017, 2019 et le Cameroun a siégé au sein de plusieurs commissions de ce Conseil et à chaque fois a apporté une très très grande contribution. Évidemment, l'un des parents pauvres a fait plus ou moins ; je dirais avec beaucoup de nuances : c'est la représentation des Camerounais dans le système des Nations Unies. Je n'en dirai pas plus. Bon, il y en a, mais je pense qu’à ce niveau, il y a beaucoup de choses qui doivent être faites.  

Maintenant, ce qui est important, c'est la thématique, la contribution, le rôle du Cameroun dans l’architecture de la paix et la sécurité des Nations Unies. Le Cameroun, pour le dire, abrite beaucoup de centres régionaux mais il y a un qu'il faut citer, c'est le Centre sous-régional des droits de l'homme et de la démocratie en Afrique centrale qui a son siège au Cameroun (qui travaille) avec le Haut-Commissariat aux droits de l'homme qui apporte beaucoup dans les questions des droits de l'Homme et dans le développement de la démocratie. Le Cameroun contribue, a beaucoup contribué.  

Je voudrais parler tout à l'heure des opérations de maintien de la paix au Cambodge, au Kosovo, au Burundi, en Côte d'Ivoire, en RCA, RDC, Haïti et au Soudan. Donc la contribution du Cameroun est grande à ce niveau. Dans le domaine des droits de l'homme, le Cameroun apporte une grande contribution. Je vous ai dit, actuellement, le Cameroun est membre du Conseil des droits de l'homme et le Cameroun est candidat pour sa reconduction. Le Cameroun est en bonne coopération avec tous les mécanismes des droits de l'homme. Le Cameroun a subi son examen périodique universel qui a été respectivement réalisé en 2009, 2013 et il a été évalué en 2018. Dans le domaine, par exemple, du désarmement, le Cameroun tout dernièrement par ma modeste personne, a présidé la conférence du désarmement. Je fais partie des six présidents de cette année. En mai-juin, le Cameroun a assuré la Présidence de la conférence du désarmement. Et à ce niveau, localement (il) s'est activé, s'active dans beaucoup de domaines qui concernent les questions de paix, de sécurité et qui sont du domaine donc de l'ensemble de l'enveloppe globale, des questions du désarmement. 

Le Cameroun est parti du Traité de non-prolifération nucléaire. Le Cameroun apporte sa contribution et milite de temps en temps pour l'utilisation pacifique de l'espace, pour l'utilisation pacifique de tout ce que nous avons. Et s’agissant du développement, j'ai dit tout à l'heure qu'il y a 18 institutions des Nations Unies qui sont basées au Cameroun. Je citerai la Banque mondiale, le Fonds monétaire, (…), l’OMS, (…), l’ONUSIDA... donc toutes ces institutions (…) (contribuent) au renforcement de la coopération entre le Cameroun et les Nations Unies.  

Le Cameroun pour densifier cette coopération, s’est entendu avec l'Organisation des Nations Unies pour établir une plateforme de consultation pour, de temps en temps, évaluer la coopération entre le Cameroun et l'ONU. C'est un mécanisme qui permet de donner l'impulsion politique et stratégique à la coopération technique et au renforcement à travers toutes les thématiques. Par exemple, procéder à l'évaluation périodique de la coopération du Cameroun avec l'ensemble des agents du système Nations Unies pour promouvoir le dialogue politique de temps en temps ; examiner la conformité des activités de l'ONU au Cameroun avec les résolutions et décisions des organes principaux et subsidiaires de l'ONU ; renforcer la coopération et faciliter l'établissement d'un système du multilatéralisme effectif au Cameroun ; donner une forte impulsion stratégique à toutes les actions de l'ONU, que ce soit en matière politique, environnementale, économique, sociale et humanitaire. Je dirais que le Cameroun a une coopération très très forte avec toutes les autres institutions du système onusien. Voilà brièvement. Je pourrais prendre toute une journée pour parler de la contribution du Cameroun à l’ONU. 

 Francesco Pisano : 

Et effectivement c'est impressionnant… c'est impressionnant et on prend note de ce volet de maintien de la paix de sécurité qui me semble très important et vous l'avez bien expliqué. Moi, j'aimerais revenir encore une fois sur ce deuxième mandat au Conseil de sécurité. Parce que quand je me suis renseigné sur l'histoire de votre pays, ce qui m'avait frappé, c'était cette double expérience au Conseil de sécurité. Mais les deux marqués par deux backgrounds complètement différents parce que là on est la deuxième fois, on est en 2002-2003 et donc on est dans une période marquée par des tensions diplomatiques  de laquelle les chercheurs et les politologues intéressés aux affaires internationales se souviennent très très bien.  Et à l'instar d'autres membres non permanents, le Cameroun, vous vous confrontez à cette époque à ce qu’on appelle le dilemme de l'alignement des petites puissances. C'est sur ça que je voulais vous entendre, mais surtout pour le bénéfice de notre audience qui s'intéresse au multilatéralisme. Quel est donc ce dilemme et quel en est-il aujourd’hui ? 

Ambassador Salomon Eheth : 

Vous posez là une question très très intéressante et une question historique. Vous avez raison de dire que c'était un moment particulier dans la diplomatie mondiale, pas seulement pour le Cameroun, mais pour tous les États et surtout ceux qui étaient membres du Conseil de sécurité, comme le Cameroun qui a même assuré la présidence. Je dois préciser qu'il s'agissait de recourir au chapitre VII de la Charte qui constitue l'un des points les plus délicats de la Charte ; c'est à dire le recours en cas de menace contre la paix, la rupture de la paix et en cas d’acte d'agression. Donc, l'utilisation du chapitre VII, vous l'avez si bien dit, c'était dans cette intervention en Irak. Bien évidemment, je ne reviendrai pas là-dessus sur les circonstances mais vous parlez des dilemmes. C'est vrai, c'était un dilemme, mais les décisions étaient perf. L'histoire... l'histoire est là pour nous enseigner. Vous parlez des dilemmes et vous parlez d'alignement et vous me posez la question : aujourd'hui, est-ce qu'on peut parler des dilemmes et d'alignement ? Oui, c'est vrai. Cette époque est derrière nous, mais la société internationale aujourd'hui est reconfigurée. Je voudrais même citer le Secrétaire général des Nations Unies, Monsieur Antonio Guterres, lors de son discours l'année dernière à l'occasion de la célébration des 75 ans de l'ONU qui disait : “les relations internationales n'ont jamais été aussi dysfonctionnelles”. Alors c'est très important.  

Lorsque vous regardez la société internationale aujourd'hui, elle est complètement reconfigurée : il y'a sept puissances qui dominent mais le jeu international a beaucoup changé, il a beaucoup évolué. Les idéologies se sont effritées au jour d'aujourd'hui, mais les défis du monde sont pluriels et, de plus en plus, nous entrons dans la globalisation. Il y a des défis aujourd'hui… et je prends par exemple… il y a des grands défis qui nous rassemblent tous. Je ne sais pas si aujourd'hui on va parler des dilemmes ou on va parler d'alignement. Je prends par exemple le terrorisme. C'est un défi planétaire. On ne peut pas parler d'alignement ou de dilemme, les petits comme les grands en souffrent de la même manière. C'est un dilemme pour nous tous. Les dilemmes aujourd'hui, c'est des dilemmes qui rassemblent. Ce ne sont pas des dilemmes qui opposent comme il y a quelques temps, parce que les défis sont communs. Regardez le défi de la maladie : nous sommes en pleine pandémie COVID les petits comme les grands. Je peux même dire que peut être les plus petits s'en sortent mieux. C'est un dilemme. C'est un dilemme commun. Il n'est pas un dilemme antagoniste. Donc, je prends par exemple le réchauffement (climatique) de la planète. C'est un dilemme pour tout le monde. Ce matin, lorsque vous suivez les informations : incendie à gauche, incendie à droite... C'est un dilemme… Je prends toutes les autres inégalités, je prends la question du désarmement... Non, il y a des dilemmes aujourd'hui, mais ce ne sont pas des dilemmes antagonistes. Ce sont des questions communes. Je terminerai par la lutte contre la pauvreté, ce que je puis dire par l'un des dilemmes aujourd'hui, ce dilemme pose le problème du multilatéralisme. Est-ce que le multilatéralisme aujourd'hui est le creuset de la résolution des problèmes de l'humanité ? Les dilemmes aujourd'hui, c'est le dilemme planétaire. Ce ne sont pas des dilemmes antagonistes. Voilà ce que je peux dire par rapport à cette question. 

  

Francesco Pisano : 

Je pense que c'est extrêmement important ce que vous dites. Je pense que je ne serai pas le seul à retenir cette expression, c’étaient des dilemmes à l'époque, ils ne sont pas des dilemmes antagonistes aujourd'hui, ce sont des dilemmes qui nous rassemblent. Merci pour avoir souligné ça. Passons à un autre morceau de puzzle qui me plaît beaucoup de rappeler chaque fois que j'ai en face de moi, dans notre studio, un Ambassadeur Représentant permanent ; celui de l'Agenda 2030. Ce document, qui a été conçu, bâti, approuvé d'une manière extrêmement novatrice par vous, les pays membres, dans le cadre de l'Assemblée générale en 2015, vous l'avez évoquée déjà plusieurs fois. Mais quel regard portez-vous en tant qu’Ambassadeur du Cameroun à l’ONU sur l’Agenda 2030 et les ODD et aussi pour l’Afrique de demain ? 

Ambassador Salomon Eheth : 

Mon appréciation sera en deux volets. Je commencerai par dire que l'Agenda 2030 c'est un programme important. C'est un programme ambitieux. Je crois que c'est l'un des plus grands projets que les Nations Unies aient pu produire. Ça essaie d’éliminer la pauvreté sous toutes ces formes, protéger la planète, améliorer le mode de vie en ouvrant des perspectives. Les ODD, il ne faut pas l'oublier, venaient de la collection des OMD : les Objectifs du Millénaire pour le Développement Durable. Ces derniers engageaient uniquement les pays en développement parce que c'est ça la différence. Les ODD rassemblent tous les États dans le cadre du développement économique et social. C'est un programme qui met l'homme au centre des préoccupations de l'humanité. Pour moi, l'Agenda 2030, c'est une construction magnifique de l'Organisation des Nations Unies. Ça c'est la première appréciation que je porterai ; et d'ailleurs, l'Agenda 2030 s'est présentée sous forme d'engagements, je dirais à la limite contraignants, parce qu'ils se fixent sur 15 ans. Alors à 2030… le monde doit changer en 2030, il y a des fossés qui ne doivent pas exister. Certaines inégalités... enfin le monde doit changer, c'est le développement durable. 

La deuxième appréciation que je porterai, qui pour moi est quelque chose de très, très positif et quelque chose qui renforce le multilatéralisme, c'est que depuis 2015, donc depuis l'adoption de l'Agenda 2030, la majorité des États du monde ont ajusté les stratégies de développement et ils ont bâti les Objectifs de développement autour des Objectifs du développement durable. Je prends par exemple le pays que je connais le mieux, le mien, le Cameroun. Le Cameroun s'est doté de sa nouvelle stratégie pour le développement du Cameroun à l'horizon 2030. On peut dire que toute l'architecture politique des politiques publiques nationales en matière de développement du Cameroun obéit au canevas, au chemin arrêté par l'Agenda 2030. C'est très important. C'est une sorte d'uniformisation des systèmes de développements mondiaux, ce qui est très iimportant. 

Mais maintenant vient ma troisième observation sur les enjeux. La première, je dirais, ce sont les forces : ce que je viens d'énumérer sont les forces de l'Agenda 2030. La deuxième, ce n’est pas une faiblesse mais c'est quelque chose de mitigé. Qu'est-ce que je veux dire ? Le problème c'est la perception : est-ce que tous les États du monde, tous les acteurs du monde sont engagés dans la même vision ? Voilà le fond du problème, parce que les Objectifs de développement durable posent le problème de la pertinence du multilatéralisme. On peut prendre chaque objectif, n'importe lequel, l'un des 17… Mais regardez les pays comme les nôtres. En même temps, ça veut dire que si nous devons atteindre un développement durable, il faut que tous les pays du monde réunissent les mêmes conditions pour atteindre ce développement durable ; que la dette par exemple soit allégée pour permettre aux économies qui se restructurent de s'adapter, voilà une faiblesse. Je prends par exemple ce qui est illustré aujourd'hui. Regardez depuis la survenance de la COVID-19, ce n’est pas moi qui le dis, c'est vrai, il y a des initiatives généreuses qui sont bien faites. Je prends par exemple les mesures qui ont été prises dans la levée des brevets pour lutter contre la pandémie, il y a d'autres mesures... mais regardons la distribution des vaccins aujourd'hui… voilà une faiblesse, tout ça, ça rentre dans les ODD. Donc pour moi, parler des Objectifs de développement durable, je dirais très honnêtement, c'est l'une des meilleures constructions que les Nations Unies ait faites. Et vous allez me le dire : et l'Afrique ? 

Je dirais tout simplement que si tous les acteurs, surtout les partenaires au développement pour l'Afrique, bien sûr avec les forces endogènes, parce que le développement ce n’est pas seulement une question de ceux qui apportent mais demande de l'intérieur avec toutes les forces endogènes, agissent de concert, c'est à dire qu’optent (pour) l'approche multilatéraliste. Après 2030, l'Afrique va changer. Mais s'il n'y a pas cette symbiose, si cette approche multilatérale n'est pas engagée, évidemment l'Afrique va continuer dans sa résilience. Voilà ce que je peux dire des ODD. 

 Francesco Pisano : 

Merci beaucoup, je n’ai pas de mots à ajouter. C’est très clair, c'est lucide, c'est percutant. On ne pourrait pas conclure ce podcast, on s'approche gentiment de la fin, mais on ne peut pas conclure (sans) un mot sur le multilatéralisme. Vous savez très bien (pourquoi) je vous ai invité à nos micros. Nous sommes entièrement dédiés à la discussion sur le multilatéralisme et voilà donc ma question pour vous : comment préserver le multilatéralisme pour la sécurité collective ? 

Ambassadeur Salomon Eheth : 

Monsieur Francesco Pisano, moi, je suis un adepte, je suis un apôtre du multilatéralisme. Évidemment. Le multilatéralisme pour moi c'est une approche et c'est la meilleure approche. Et la sécurité collective, j'ajouterai même le bien-être collectif, c'est la finalité. Vous posez là le problème central de la gestion des affaires du monde. Un autre thème, si je comprends bien votre question, c’est : quelle orientation faut-il donner à la conduite des relations internationales aujourd'hui dans un monde de plus en plus globalisé ? C'est là tout le problème de la gouvernance mondiale. Nous avons aujourd'hui, qu'on le voit ou pas, des défis communs comme j'ai dit tout à l'heure qu'on soit pays pauvre ou pays riche, qu'on soit pays du Nord ou pays du Sud, nous avons beaucoup de problématiques qui nous rassemblent. 

Tout à l'heure, j'ai parlé de la COVID-19, j'ai parlé des changements climatiques, j'ai parlé du terrorisme, j'ai parlé des questions du désarmement... Je me souviens lorsque je suis arrivé l'année dernière...je crois... Madame la Directrice générale de l'ONU, Madame Valovaya, dans son discours... c'était à l'hôtel intercontinental... elle a dit (qu’) aucune des crises que nous traversons, ne reconnaît la frontière et doit donc être traitée par la coopération internationale. C'est un mot très fort. Moi, j'ai beaucoup apprécié. Voilà, c'était le message clé : au jour d'aujourd'hui, le multilatéralisme c'est la solidarité, c'est la coopération internationale, c'est la plateforme qui nous permet de résoudre ces défis communs qui nous rassemblent. Je pense qu'elle avait tout dit, préserver le multilatéralisme c'est renforcer la solidarité internationale. Ce n'est qu'ensemble que nous pouvons donc vaincre ces nombreux défis tels que le terrorisme, les pandémies, les changements climatiques... D'ailleurs, mon propre chef d'État parlant du terrorisme avait dit : “à problème global solutions globales”. Le terrorisme est un phénomène global donc une solution globale intègre tous les acteurs, ce n'est que par le multilatéralisme... Le Secrétaire général des Nations Unies Monsieur Antonio Guterres, le rappelait de la plus belle manière en exhortant toujours l'année dernière, lors de son discours à l'occasion des 75 ans de l'ONU, il disait, il exhortait les dirigeants mondiaux à s'unir pour réinventer et repenser un


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